Appels à contributions

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Appel à textes n°14
(dés)identification de la création artistique

Calendrier :

Appel à contributions pour un colloque organisé par l'équipe d'accueil Écritures et l'université de Lorraine les 5 et 6 décembre 2017 à Metz

 

Résumé

 

Depuis que Platon en a fait un être inspiré, l'artiste a bénéficié d'une identité distincte des autres. Le thème du génie a maintenu cette spécificité jusqu'à la crise de la modernité qui y a mis fin avec l'abandon de l'autonomie de la sphère de l'art. Dès lors, l'identité de l'artiste est semblable à celle du « commun des mortels ». Il semblerait qu'on ait assisté à deux stratégies différentes. D'une part, des artistes se fondent dans une masse anonyme et se désidentifient (Erving Goffman). D'autre part, des artistes font de leurs identités le coeur - voire le moteur - de leur pratique artistique. Ce constat ne donnerait lieu qu'à une dichotomie si le critère de la construction identitaire n'était pas inégalement convoqué par la réception selon l'origine - occidentale ou non - de l'artiste. L'enjeu de ce colloque est d'examiner les aspects les plus problématiques des déterminations identitaires au vu de l'esthétique.

 

Argumentaire

 

Depuis que le mythe de l'autonomie de la sphère de l'art a éclaté et que les pratiques artistiques sont vues comme des activités culturelles dépourvues de toute référence au génie, l'art est devenu un objet d'étude offert aux investigations d'autres champs disciplinaires. Que ces démarches soient ethnologiques, sociales ou encore psychanalytiques, elles véhiculent l'idée d'une relation forte entre l'art et l'appartenance identitaire - individuelle ou collective - de l'artiste.

L'enjeu de ce colloque est d'examiner les aspects les plus problématiques des déterminations identitaires au vu de l'esthétique. En effet, sans aucunement vouloir redorer le blason de l'autonomie de l'art ou questionner l'importance des déterminismes dans la pratique et la réception artistique, la forte relation entre la création artistique et l'appartenance identitaire est problématique justement dans sa tension entre l'individuel et le collectif. Le principal problème est que le critère de la construction identitaire est inégalement convoqué selon l'origine de l'artiste : une production artistique non-occidentale, par exemple, semble plus fréquemment rattachée à l'identité collective de l'artiste alors qu'une production occidentale sera perçue comme relevant de son identité individuelle. Ce biais persiste à véhiculer l'illusion d'un libre-arbitre occidental face à un déterminisme non-occidental. Conceptions et regards sont encore loin d'être décolonisés et les études post-coloniales ont encore de beaux jours devant elles en théorie de l'art.

Les discussions sur la construction identitaire ne se limitent pas à l'étude des racines et des origines, certaines se centrent davantage sur l'appartenance à des sous-cultures - et l'étude des souscultures est peut-être un des meilleurs moyens de dissoudre le premier clivage évoqué. À ce sujet, il faut insister ici sur la fracture entre identité (sous-culturelle) revendiquée par l'artiste et identité plaquée a posteriori par l'institution artistique comme paradigme explicatif de certaines pratiques. Toutefois, même revendiquées, ces identités sont toujours issues de constructions venues de l'extérieur, d'une déviance par rapport à la norme (sociale, culturelle, sexuelle, etc) dans un processus de différenciation, d'Othering, qui construit du même coup l'identité dominante. Leur revendication participe donc d'un processus de réappropriation de ce qui fait la différence. Dès lors, selon quels critères évaluer les oeuvres qui exposent cette dernière ? Faudrait-il continuer d'aller vers une spécialisation et un outillage théorique propre à chaque identité et son corpus artistique ? Comment penser la tension entre affirmation identitaire de déviance à une norme et souscription à cette même norme à travers le langage dominant des arts ? Quelle est ici la fonction de l'art ? La réflexion gagnerait également à se confronter aux oeuvres d'art censément non-identitaires, universelles, mais qui pourraient tout autant être vues comme de simples expressions d'une identité - identité qui, si elle n'est pas nécessairement majoritaire, est du moins hégémonique. Ne serait-il pas imaginable, même dans ces cas universaux, que les oeuvres participent toujours de l'identité des artistes ? Ces oeuvres seraient-elles sinon issues d'un processus de désidentification (Erving Goffman et Beverley Skeggs) construisant de ce fait une identité universelle de l'artiste ? Comment cette appartenance informe-t-elle les regards sur l'oeuvre ?

Par extension, on pourra également s'interroger sur l'identité de l'artiste en tant que tel par rapport au reste de la société. Qu'est-ce que le fait d'être artiste implique ? En retour, une conscience de l'identité sociale d'artiste peut-elle avoir un impact sur l'oeuvre ou sa réception, par exemple dans des oeuvres d'art participatif ?

L'identité peut donc se faire l'étendard de revendications qu'il serait malheureux de chercher à déconstruire ou à invalider. Encore faudrait-il préciser en quoi le fait que l'artiste possède l'identité revendiquée est constitutif de la démarche. En effet, cette importance se confronte à deux écueils. D'une part, dans le cas des identités individuelles, elle semble rejouer sous cape le mythe de l'art comme pure expression - qui certes se distingue du génie dirigé par la nature, mais qui véhicule encore l'illusion de la plus totale spontanéité. D'autre part, dans le cas des identités collectives, elle pose le problème de la consécration artistique : la revendication n'aurait-elle pas plus à perdre qu'à gagner à être étiquetée « art » ?

L'inégalité du critère identitaire en théorie de l'art justifie pleinement un intérêt pour une déconstruction identitaire de la création artistique. Il serait intéressant de tisser une généalogie critique rendant compte de la manière dont les identités se sont construites comme piliers de la création artistique. Aussi, une façon de déconstruire l'identité pourrait passer par sa propre multiplication au regard d'un renversement entre culture et sous-cultures. Encore, d'un point de vue épistémologique, on pourrait se demander dans quelle mesure l'esthétique profite de la construction identitaire de la création artistique : l'expérience esthétique n'aurait-elle pas parfois besoin au moins de l'illusion de l'autonomie de l'art ? Peut-elle seulement en faire l'économie ?

Enfin, on pourrait envisager des contributions proposant des interprétations monographiques analysant les oeuvres d'art par un biais opposé aux habitudes des mondes de l'art - et donc opposé aux clichés identitaires réducteurs.

 

Protocole de rédaction

La revue Proteus est une revue universitaire francophone d’esthétique. En tant que telle, elle ouvre ses colonnes à toute contribution scientifique de qualité en langue française traitant de problématiques rattachées au vaste domaine des arts. Il est donc attendu des auteurs qu’ils déploient un appareil critique à même de faire valoir la respectabilité d’une réflexion personnelle.

Chaque numéro présente un dossier correspondant à l’appel à textes qui lui a précédé, ainsi que divers articles hors thème. Tous ces articles, d’une longueur comprise entre 20 000 et 30 000 signes, devront être introduits par un abstract de 600 à 800 signes et, si faire se peut, sa traduction en langue anglaise. Les propositions d’articles sur le thème annoncé devront préférablement être annoncées par un argumentaire d’environ 3000 signes avant la date indiquée dans l’appel.

Afin de préserver l’impartialité du comité de rédaction, les articles proposés ne devront contenir aucune information révélant l’identité du ou des auteurs : ces informations, accompagnées d’une succincte notice biographique, doivent en revanche figurer dans l’e-mail transmettant le document à l’adresse contact@revue-proteus.com

Outre des travaux de recherche inédits, la revue se propose de publier des traductions originales d’articles et autres publications jusqu’ici indisponibles en français. De même que les articles hors thèmes, ces contributions n’ont pas à se plier au calendrier des appels.

Toute proposition doit se présenter dans un document  au format *.rtf, *.doc ou *.odt, avec notes en bas de page et références complètes, mis en forme selon les normes universitaires. Ces normes sont consultables à cette adresse .

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Cordialement,
L’équipe Proteus

 

Illustrations de couverture

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Recensions d’ouvrages scientifiques

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Directeur de publication : Bruno Trentini | Parution 2 fois par an | ISSN 2110-557X | © PROTEUS, 2017 | F