Appels à contributions

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Appel à textes n°17 : ESTHÉTIQUE(S) ET POLITIQUE DE L’ARCHIVE EN ART

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Date limite d'envoi des contributions : 6 septembre 2020, à contact@revue-proteus.com


Dans « Veils/folds/events, production of face in Space-Time », Suzana Milevska écrit : « Le territoire de l’archive n’est pas un lieu stable où tous les niveaux et segments sont donnés en une fois et pour toujours. Chaque fois qu’un chercheur entre dans une archive, son contenu est remplacé et re-sédimenté, re-voilé/révélé ou démêlé. La force qui influence à chaque fois l’ordre interne préétabli des documents d’archives crée de nouvelles inflexions dans l’interprétation. » Ce questionnement sur la fluidité de l’archive révélée à son contact avec la recherche - et les difficultés rencontrées lorsqu’il s’agit de la saisir - est présent dans le champ de l’art. L’évolution, comme l’appropriation récente du concept d’archive et de ses différentes fonctions, poussent à questionner les dispositifs qui y sont attachés.

Nous entendons ici le terme « archive » comme désignant un corpus hétérogène destiné à enclencher des processus de témoignage, de narration et de mémoire. Individuels ou collectifs, ils peuvent éventuellement prendre la forme d’une collection et s’ancrent dans une temporalité par leur capacité à subsister. Si l’archive se définit par trois principes - collecter, conserver, transmettre - son lien avec la création artistique est indéniable. Qu’il soit à l’origine de son contenu ou de sa réunion, qu’il se l’approprie ou la transforme, l’artiste peut être amené à établir un rapport particulier à l’archive. Qu’il s’agisse de médiums d’enregistrements ou plastiques (image, vidéo, témoignage performance), il est envisageable de les analyser au prisme de l’esthétique, comme à celui d’autres disciplines des sciences de l’art.

 

Ce numéro portera sur les enjeux politiques de l’archive dans le monde de la création artistique. Nous nous intéresserons au rôle de l’artiste tant dans la création d’archives (réelles ou fictives) que dans leur réactivation et leur transmission. L’affectivité qui peut insuffler ou s’injecter dans ses pratiques pourra être mise en discussion, de même qu’il s’agira de nous interroger sur les processus artistiques par lesquels l’archive peut révéler sa dimension politique. Le regard de l’artiste porté sur les images convoquées dialectise une histoire du regard où les manières de percevoir les images deviennent critiques. La question de l’artification de l’archive se pose alors et les conditions comme les perspectives offertes par celle-ci pourront être interrogées. Il sera aussi possible de poser un regard épistémologique sur le sujet en réfléchissant à la place du document d’archive dans les corpus des chercheur·euse·s en art.

 

Notons que le caractère politique de l’œuvre ne peut se limiter au seul engagement de l’artiste et que, si ce concept prend du sens, c’est justement dans la relation que l’œuvre entretient avec le spectateur.

De même, les actions archivistiques - trouver, accumuler, classer, transformer des images - peuvent être investies par chacun·e. À cet effet, quels dispositifs vont servir de leviers afin de pouvoir lire une image au-delà des limites de sa prise de vue initiale ? Comment renouveler les perceptions faites de ces corpus iconographique, vidéo, textuels. ? L’objectivité de l’archive étant prétention, la manière dont elle est racontée, montrée en modifie le sens. Ainsi, l’archiviste-artiste - celui ou celle qui trouve, accumule, classe ou transforme - y injecte sa propre subjectivité. Quels enjeux politiques découlent alors de ce processus ? Dans quelles conditions l’archive peut-elle se mettre au servir d’un discours ?

L’archive en tant qu’objet est indissociable de son support. Ainsi, les technologies de captations visuelles ou sonores ont révolutionné notre manière de la produire et de l’appréhender : dans le chapitre « Machines affectées » de son ouvrage Ce que le Sida m’a fait, Élisabeth Lebovici décrit comment, depuis les années 1960, les outils de captation et de diffusion ont non seulement influencé les manières de communiquer, mais aussi celles de faire archive. Plus loin, AIDS Timeline, produite par le collectiviste activiste Group Material, fait pénétrer les récits de la lutte contre le sida dans les institutions muséales par l’exposition de ses archives : tracts, affiches, T-shirts et créations artistiques dialoguent le long d’une frise chronologique. Le rapport au support, à ses évolutions comme à ses détournements pourra être sujet de réflexion. De même, l’entrée de l’archive au sein de l’institution artistique pourra être questionnée par les auteur·rices. Au delà des « grandes Histoires étatiques » elles mettent en narration des individualités, rendent visibles des groupes minorisées.

 

La notion d’archive ne peut se défaire de celles de conservation et de transmission. À travers cette dernière, l’expérience individuelle acquiert une portée collective. Dans An Archive of Feelings, Trauma, Sexuality, and Lesbian Public Culture, Ann Cvetkovitch interroge les enjeux de ces appropriations plastiques de l’archive pour les minorités auxquelles elles appartiennent et rapporte les paroles de l’artiste et activiste Zoe Leonard : « [.] le témoignage ou le fait d’être témoin se réfère à la compréhension que votre histoire prend part à une histoire plus large, qu’il est vital de transmettre à d’autres personnes, que vous tenez une pièce d’un puzzle, d’une image que d’autres ont besoin de voir. » Comment la création artistique, en s’appropriant les témoignages (oraux, écrits, visuels), peut leur octroyer une dimension politique ? Par quels mécanismes la dimension personnelle et affective de ces archives va-t-elle trouver un mode d’affirmation dans l’art ? Si le potentiel politique de ces archives est indéniable, leur pertinence et leurs enjeux individuels, au prisme de la création artistique, le sont tout autant et les propositions d’article pourront le souligner.

L’archive offre à l’artiste la possibilité de la réinventer, d’en manipuler la forme et la lecture. Ces procédés, bouleversant la dichotomie fiction/vérité, nous permettent d’interroger les enjeux éthiques, artistiques, épistémologiques de ces modes d’approche de corpus d’archives. Le film de Cheryl Dunye et Zoe Leonard, The Watermelon Woman (1996), se situe à la lisière de la fiction et du documentaire. Assemblées comme un puzzle d’images destiné à produire la biographie de Fae Richards, The Watermelon Woman, les images d’archives employées dans le montage permettent à Cheryl Dunye de réécrire une histoire du cinéma tout en dénonçant l’invisibilisation des femmes noires et lesbiennes. L’archive fictive produite propose une forme de réparation : en racontant l’histoire d’une minorité à travers celle, imaginée, de Fae Richards, elle continue d’être un levier d’émancipation et une force politique.

A contrario, peut-on penser l’absence et l’effacement comme une forme de présence au monde ? Si la disparition est un manquement à la présence, il est intéressant de voir que cette absence contrainte peut induire le renforcement de l’évocation de l’objet manquant. La vidéo Intervista-Finding the Words d’Anri Sala réalise?e en 1999 porte sur la mise en scène de la parole entre deux membres d’une même famille : une mère, Valdet Sala et son fils, l’artiste, Anri Sala. Rapidement, un problème se pose : la bobine contenant la bande sonore a été égarée. Il s’agit alors d’enquêter par le biais d’un échange oral auprès de sa me`re afin d’en extraire les propos manquants. L’enquête familiale et personnelle bascule vers la création d’une production plastique en quête de réponses.

Puisqu’il s’agira aussi de questionner les enjeux d’une soustraction à celui-ci, nous pouvons nous demander sous quel régime de visibilité nous nous plaçons dans nos sociétés.

 

Les thématiques convoquées permettront de mettre en lumière les enjeux à la fois esthétique et politique des corpus d’archives (textuels, oraux, visuels) relatifs à des individus, des communautés, des évènements, réels ou imaginaires, ainsi que de leur conservation et de leur transmission. Dans cette dynamique, la question de leur réception pourra également être un sujet de réflexion.

Les propositions d’articles, entre 300 et 500 mots, sont à nous envoyer pour le 6 septembre 2020 à l’adresse suivante : contact@revue-proteus.com

Coordination du numéro : Cyrielle Lévêque & Mélodie Marull

Nous vous rappelons que la revue Proteus accueille également des articles hors-thèmes que vous pouvez envoyer en dehors des dates limites fixées pour les articles sur thème. Tous les numéros parus sont téléchargeables gratuitement sur le site de la revue.

 

Protocole de rédaction

La revue Proteus est une revue universitaire francophone d’esthétique. En tant que telle, elle ouvre ses colonnes à toute contribution scientifique de qualité en langue française traitant de problématiques rattachées au vaste domaine des arts. Il est donc attendu des auteurs qu’ils déploient un appareil critique à même de faire valoir la respectabilité d’une réflexion personnelle.

Chaque numéro présente un dossier correspondant à l’appel à textes qui lui a précédé, ainsi que divers articles hors thème. Tous ces articles, d’une longueur comprise entre 20 000 et 30 000 signes, devront être introduits par un abstract de 600 à 800 signes et, si faire se peut, sa traduction en langue anglaise. Les propositions d’articles sur le thème annoncé devront préférablement être annoncées par un argumentaire d’environ 3000 signes avant la date indiquée dans l’appel.

Afin de préserver l’impartialité du comité de rédaction, les articles proposés ne devront contenir aucune information révélant l’identité du ou des auteurs : ces informations, accompagnées d’une succincte notice biographique, doivent en revanche figurer dans l’e-mail transmettant le document à l’adresse contact@revue-proteus.com

Outre des travaux de recherche inédits, la revue se propose de publier des traductions originales d’articles et autres publications jusqu’ici indisponibles en français. De même que les articles hors thèmes, ces contributions n’ont pas à se plier au calendrier des appels.

Toute proposition doit se présenter dans un document  au format *.rtf, *.doc ou *.odt, avec notes en bas de page et références complètes, mis en forme selon les normes universitaires. Ces normes sont consultables à cette adresse. Vous pouvez aussi cliquer ici pour le télécharger dans un format éditable (odt).

Le comité de rédaction se réserve le droit de rejeter toute proposition ne correspondant pas à ces critères.

Cordialement,
L’équipe Proteus

 

Illustrations de couverture

Chaque numéro de la revue, édité en *.pdf, nous permettra d’apprécier le travail d’un de nos collègues plasticiens. Chacun est libre de toute contrainte de temps pour nous proposer illustrations ou mises en pages élaborées sur le thème des appels en cours. Ces travaux, nécessairement libres de droits, doivent correspondre au format A5, soit une résolution minimale de 1772*2480 pixels pour 300 dpi.

 

Recensions d’ouvrages scientifiques

Le site de la revue publie également en marge de celle-ci des recensions de parutions récentes en esthétique et sciences humaines. Tout travail de ce type peut être soumis à notre comité de rédaction en vue d’une publication. Des textes critiques de 4000 à 6000 signes, au format *.rtf, *.doc ou *.odt sont attendus.

 

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Directeur de publication : Bruno Trentini | Parution 2 fois par an | ISSN 2110-557X | © PROTEUS, 2019 | F