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Cet article propose, sans le circonscrire définitivement, une première définition du burlesque cinématographique, conçu non pas comme un genre mais comme une modalité esthétique de représentation des corps. Au-delà des contextes historiques locaux, il rapproche volontairement des films d’époques et de nationalités diverses afin de qualifier de manière transversale les corps burlesquement représentés. Nous faisons en particulier l’hypothèse que ceux-ci opposent à l’idéal scientifique de transparence et de maîtrise, décrit par l’anthropologie des xxe et xxie siècles, une irrégularité organique et une impénétrabilité qui les dérobent au contrôle médical. Leurs différents retournements – la sortie de leurs organes, leurs évidements – sont autant de figures non exhaustives de cette résistance : les corps burlesques donnent d’emblée tout à voir, ne renferment aucun mystère intérieur, et ce faisant ne donnent aucune prise à la moindre entreprise d’encadrement.
Mots-clés : Burlesque — Cinéma — Corps — Esthétique — Médecine
Without aiming to define slapstick definitively, this article proposes an initial, partial definition of cinematographic slapstick, conceived not as a genre but as an aesthetic modality of body represensation – one of the most enduring in the history of cinema. Over and above local historical contexts, it deliberately brings together films from different eras and nationalities in order to qualify slapstick bodies across the board. In particular, we hypothesize that these bodies oppose the scientific ideal of transparency and mastery, described by 20th and 21st century anthropology, with an organic irregularity and impenetrability that evade medical control. This resistance is partly due to their various reversals (the removal of their organs, their hollowing out) : slapstick bodies immediately give everything to be seen, contain no inner mystery, and in so doing give no hold to the slightest attempt at management.
Keywords: Slapstick — Cinema — Body — Esthetics — Medecine