L’Estonie, comme d’autres pays de l’Europe de l’Est situés derrière le rideau de fer, a subi la terreur soviétique, de son annexion en 1940 jusqu’à l’indépendance en 1991, une terreur qui a été aussi bien physique qu’intellectuelle et qui, avec ses victimes et ses collaborateurs, a laissé des traces dans la mémoire collective. Cet article se propose, à partir de l’analyse d’exemples tirés d’un large corpus de pièces de théâtre contemporaines, d’étudier les dispositifs utilisés pour représenter le Mal – que l’on ne peut pas ignorer en évoquant cette période de l’Histoire. On constate que le théâtre évite systématiquement la représentation directe et spectaculaire de la violence, en ayant recours au dispositif du récit sous forme de témoignages dans les cas les plus sensibles, qu’il montre la complexité des identités à travers la mise en abyme et qu’il use souvent de la nostalgie et de l’humour. On peut donc y attester la recherche d’une volonté de compréhension et, à travers celle-ci, d’un éventuel apaisement vis-à-vis du passé. Il resterait désormais à étudier comment le théâtre va réagir face à la nouvelle situation géopolitique apparue depuis 2022, alors que les anciennes blessures sont rouvertes et que faire la paix avec les traumatismes du passé est devenu plus difficile.
Mots-clés : Récit — Spectacle — Nostalgie — Mise en abyme
Estonia, like other Eastern European countries behind the Iron Curtain, endured Soviet terror from the time of its annexation in 1940 until its independence in 1991, a terror that was both physical and intellectual and which, with its victims and collaborators, has left its mark on the collective memory. Based on an analysis of examples drawn from a large body of contemporary plays, this article examines the devices used to represent Evil – which cannot be ignored when evoking this period of history. We can see that the theatre systematically avoids the direct and spectacular representation of violence, resorting to the narrative device (dispositif) in the form of testimonies in the most sensitive cases, that it shows the complexity of identities through mise en abyme and that it often uses nostalgia and humour. We can therefore attest to a desire for understanding and, through this, for a possible appeasement toward the past. It remains to be seen how the theatre will react to the new geopolitical situation that has emerged since 2022, when old wounds have been reopened and it has become more difficult to make peace with the traumas of the past.
Keywords: Narrative — Spectacle — Nostalgia — Mise en abyme