La pietà de Guernica - Le retour d’un modèle figuratif chrétien dans un film révolutionnaire

Abstract

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Paru dans : Proteus n°12
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Cet article entend interroger les diverses modalités de relation et de citation au temps passé mises en place par Fernando Arrabal dans le film L’Arbre de Guernica (1975), plus particulièrement l’emprunt d’un modèle plastique et figuratif issu de la peinture chrétienne classique. Au moment de représenter la détresse de ses personnages enfermés dans les geôles franquistes, l’image va en effet se donner les espèces d’une pietà, matrice picturale exemplaire de l’expression pathétique et vecteur cultuel d’une mise en mouvement participative du spectateur. Les récentes interrogations de Georges Didi-Huberman quant à l’efficience politique des citations du passé raccordées à un appel en regard du temps présent se trouvent ainsi mises à l’épreuve de cette séquence filmique : il apparaît en effet que c’est par ce singulier remontage dialectique des temps, où l’expression d’une douleur révolutionnaire face à la répression s’offre les aspects d’un modèle séculaire, pourtant issu de la sphère religieuse, que cette expression parvient à s’émanciper de la reconstitution historique pour tourner ses revendications politiques vers les temps contemporains.

Mots-clés : Arrabal — survivance — historicité — dialectique — pathétique

 

This article intends to examine the various modalities of quotation of the past time implemented by Fernando Arrabal in his movie The Guernica Tree (1975), more particularly the borrowing of a plastic and figurative pattern stemming from classical Christian painting. At the moment of depicting the distress of its characters, enclosed in Franco’s jails, the image will indeed give itself the shape of a pietà, an archetypal pictorial matrix of the pathetic expression and a participative cultual vector to move and involve the viewer into the worship. Georges Didi-Huberman’s recent queries about the political efficiency of quotations from the past connected to an appeal towards the present time are thus put to the test of this filmic sequence: it appears indeed that it is only through this singular dialectical reassembly of temporal layers, in which the expression of a revolutionary grief caused by repression gives itself the aspects of a secular template, yet derived from the religious sphere, that this expression succeeds in emancipating itself from the historical reconstitution to turn its political claims towards contemporary times.

Keywords: Arrabal — survival — historicity — dialectic — pathetic

Aurel ROTIVAL
Directeur de publication : Bruno Trentini | Parution 2 fois par an | ISSN 2110-557X | © PROTEUS, 2017 | F