Makhubu, Seriti Se, Basupa Tsela - Où nous en sommes selon Lerato Shadi

Abstract

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Paru dans : Proteus n°14
Couverture

Trois installations/performances de l’artiste sud-africaine Lerato Shadi, Makhubu (performée à plusieurs reprises depuis 2014), Seriti Se (depuis 2014 également) et Basupa Tsela (2017/2018), sont ici mises en dialogue avec une remarque faite par l’artiste dans un entretien de 2016. Shadi met en conflit deux façons de définir son identité, qu’elle perçoit comme fondamentales : la perception de soi par la phrase « I am because you are » (à positionner dans les traditions philosophiques particulières à l’Afrique du Sud) lui semble incompatible avec un « Je pense donc je suis » cartésien. Les réponses de Shadi aux questions du public montrent que cette remarque est à interpréter dans le contexte des protestations étudiantes présentes dans toutes les discussions quand aux revendications de reconnaissance décoloniale en Afrique du Sud depuis 2015, comme elle tient également des écrits de Frantz Fanon, de Steve Biko et d’Yvette Abrahams. Notre texte montre en quoi les deux premières des trois installations/performances (datées de 2014) sont une amorce de problématisation sous forme plastique, une anticipation du débat de 2016, alors que la troisième peut être lue comme un élément de réponse qui est en effet une façon de se positionner, de dire sa subjectivité en début du vingt-et-unième siècle. Selon Shadi ce positionnement se fait par le geste d’appeler celles qui sont passées avant elle.

Mots-clés : art contemporain — black feminism— être humain — Ubuntu

 

The focus of this text is on three installations/performances by the South-African artist Lerato Shadi: Makhubu (performed on several occasions since 2014), Seriti Se (also since 2014) and Basupa Tsela (2017/2018). The three performative installations enter into dialogue with a remark by the artist made during a pubic interview in 2016. Shadi contrasts two ways of defining one’s identity which she considers essential: to express one’s self-perception by the phrase “I am because you are” (which is to be situated within the philosophical traditions particular to South Africa) seems to be incompatible with the Cartesian “Je pense donc je suis”. Shadi’s responses to questions by the public show, that this remark should be interpreted in the context of the student protests which, since 2015, are dominant in all discussions on the recognition of each one’s subjectivity in aiming towards a decolonised South Africa. Shadi’s remark should also be understood in reference to the writings of Franz Fanon, Steve Biko and Yvette Abrahams. In this article I argue that the two first performative installations (those dated 2014) can be seen as an initial material exploration of the question, where the artist seems to anticipate the problematic she will express during the debate two years later. The third performance, Basupa Tsela, is an elementary experimental answer, a way of claiming a position, of self-confidently stating one’s subjectivity in the beginning of the twenty-first century. According to Shadi, this position is claimed by calling out to those who have shown her the way.

Keywords: contemporary art — black feminism — to be human — Ubuntu

Katja GENTRIC
Directeur de publication : Bruno Trentini | Parution 2 fois par an | ISSN 2110-557X | © PROTEUS, 2018 | F